De quoi s’agit-il
Le terme de métatarsalgie ne désigne pas une maladie précise, mais un ensemble de douleurs situées sous l’avant-pied, au niveau des têtes métatarsiennes — les cinq os longs qui prolongent le pied vers les orteils.
C’est un motif de consultation fréquent, dont les causes sont multiples. La démarche consiste donc d’abord à préciser l’origine de la douleur.
Les signes qui font consulter
Une douleur sous la plante, en avant — Décrite comme un appui sur un caillou, une brûlure ou un écrasement.
Une douleur qui augmente à la marche prolongée, en station debout, ou lors de la propulsion.
Une aggravation en chaussures fines, à semelle mince ou à talon.
Une corne épaissie localisée sous une ou plusieurs têtes métatarsiennes, signe d’un appui excessif à cet endroit.
Chez le sportif, la douleur apparaît souvent après une augmentation du volume d’entraînement, un changement de chaussures ou de surface.
Les causes possibles
Plusieurs mécanismes peuvent être en jeu, parfois associés.
Une surcharge mécanique localisée — La répartition des appuis se concentre anormalement sur une ou deux têtes métatarsiennes.
Un affaissement de l’arche antérieure — L’avant-pied s’élargit, les têtes métatarsiennes centrales descendent et supportent une charge accrue.
Un déséquilibre lié au premier rayon — Un hallux valgus ou une raideur du gros orteil reporte la charge sur les rayons voisins.
Un névrome de Morton — Une irritation d’un nerf entre deux métatarsiens (voir section dédiée ci-dessous).
Une atteinte osseuse ou articulaire — Fracture de fatigue, atteinte inflammatoire, souffrance d’une articulation métatarso-phalangienne.
Le chaussage — Chaussures étroites, talons, amorti insuffisant ou usé.
Le névrome de Morton
Le névrome de Morton est une cause particulière de douleur d’avant-pied, dont les signes se distinguent nettement d’une métatarsalgie mécanique classique.
Il correspond à un épaississement fibreux du tissu entourant un nerf interdigital, le plus souvent entre le troisième et le quatrième orteil, plus rarement entre le deuxième et le troisième. Malgré son nom, il ne s’agit pas d’une tumeur.
Ce qui l’évoque :
- une douleur en décharge électrique, en brûlure ou en coup de couteau, plutôt qu’un simple appui douloureux
- des fourmillements ou un engourdissement dans deux orteils voisins
- une sensation de pli de chaussette ou de caillou dans la chaussure
- une douleur qui oblige à se déchausser et à masser le pied pour être soulagée
- une aggravation nette en chaussures étroites ou à talons
Ce qui favorise son apparition : un avant-pied large ou étalé, un chaussage serré, un affaissement de l’arche antérieure qui rapproche les têtes métatarsiennes et comprime le nerf entre elles.
Le bilan podologique recherche les signes de compression à la palpation des espaces intermétatarsiens et objective la répartition des pressions. Il établit le diagnostic ; une imagerie peut être demandée pour préciser l’atteinte.
L’appareillage vise à écarter les têtes métatarsiennes et à limiter la compression du nerf, au moyen d’éléments intégrés à la semelle. L’élargissement du chaussage est un point essentiel, souvent déterminant. Selon l’évolution, d’autres prises en charge médicales peuvent être proposées.
Le bilan podologique
L’entretien précise la localisation exacte, le type de douleur, les circonstances d’apparition, les chaussures utilisées et l’évolution.
L’examen clinique comprend la palpation des têtes métatarsiennes et des espaces intermétatarsiens, l’examen des zones d’hyperkératose — dont la localisation renseigne directement sur les appuis excessifs —, la mobilité du premier rayon, la recherche d’un hallux valgus ou d’une déformation des orteils, et l’examen du chaussage.
La plaque baropodométrique objective la répartition des pressions sous l’avant-pied, en statique et en dynamique. C’est un examen particulièrement pertinent ici, puisque la question posée est précisément celle de la répartition des charges.
L’appareillage
Lorsqu’une indication est retenue, les semelles sont fabriquées au cabinet, par thermoformage et thermosoudage.
L’objectif est de redistribuer les appuis sous l’avant-pied : décharger les zones surchargées, solliciter davantage les zones qui participent peu à l’appui, et soutenir l’arche antérieure lorsque c’est indiqué.
La construction tient compte du volume disponible dans les chaussures habituelles. Une correction efficace en chaussure de sport peut être irréalisable dans une chaussure de ville étroite : ce point est discuté en consultation.
Des soins de pédicurie peuvent être associés lorsque des hyperkératoses douloureuses sont présentes. Ils sont assurés au cabinet par Julia Semette.
Le suivi
Un contrôle permet de vérifier la tolérance de l’appareillage et l’évolution des symptômes, ainsi que la modification des zones d’hyperkératose, qui constitue un indicateur direct du changement de répartition des appuis.